Illustration de l’article « DCF, multiples, actif net : ce que chaque méthode de valorisation dit et ce qu’elle tait »

Méthodes de valorisation : laquelle dit la vérité ?

« Combien vaut mon entreprise ? » n’appelle pas une réponse, mais trois. En effet, il existe trois façons de poser la question. Comprendre ce que mesurent les méthodes de vaut donc mieux que retenir un chiffre.

Il n’y a pas un prix, mais un faisceau

Un dirigeant qui demande une valorisation attend généralement un nombre. Pourtant, un professionnel lui rendra une fourchette. Surtout, c’est l’écart entre les méthodes qui porte l’information la plus utile.

Car ces méthodes de valorisation ne répondent pas à la même question. D’abord : combien paie-t-on, en ce moment, pour une entreprise comme la vôtre ? Ensuite : combien d’argent produira-t-elle ? Enfin : que vaudrait-elle si on la démontait ?

Trois questions légitimes, donc trois résultats différents. Ainsi, le prix réel se négociera quelque part dans ce triangle.

Les multiples : ce que paie le marché

C’est la plus utilisée, car la plus immédiate. On applique à un agrégat, le plus souvent l’, un coefficient observé sur des transactions comparables.

Sa force ? Elle est ancrée dans le réel, puisqu’elle reflète ce que des acquéreurs ont payé. En revanche, sa faiblesse tient à la notion de comparable. En effet, deux entreprises du même secteur peuvent se négocier très différemment selon leur récurrence ou leur .

Deux avertissements s’imposent. D’abord, le s’applique à un . On corrige les éléments non récurrents et l’on normalise la rémunération du dirigeant. Or un dirigeant peu rémunéré gonfle artificiellement son excédent brut, et l’acquéreur le corrigera.

Ensuite, le multiple donne une valeur d’entreprise, pas un prix de titres. Il faut donc retrancher la dette et ajouter la excédentaire. D’ailleurs, beaucoup de déceptions naissent de cette confusion.

Les flux actualisés : la plus rigoureuse, et la plus manipulable

La méthode dite projette les flux de trésorerie à venir. Ensuite, elle les ramène à leur valeur d’aujourd’hui par un taux traduisant le risque.

Conceptuellement, c’est la plus juste. En effet, elle valorise ce qu’un acquéreur achète vraiment : l’avenir. Toutefois, elle repose sur deux paramètres très sensibles. D’une part le taux d’actualisation, d’autre part la valeur terminale, qui pèse souvent l’essentiel du résultat.

Concrètement, un demi-point de taux en plus ou en moins fait varier le résultat de vingt pour cent. C’est pourquoi cette valorisation se lit comme une fourchette accompagnée de ses hypothèses. Autrement dit, un DCF présenté sans ses hypothèses n’est pas un calcul, mais une opinion.

L’actif net réévalué : le plancher

Cette méthode additionne ce que possède l’entreprise, réévalué au prix du marché. Puis elle retranche ce qu’elle doit. Délibérément, elle ignore la rentabilité.

Elle est donc peu pertinente pour une entreprise de services. En revanche, elle devient déterminante pour une société détenant de l’immobilier, un parc de machines ou des stocks lourds. De plus, pour toute entreprise peu rentable, elle fixe un plancher. En deçà, mieux vaut vendre les actifs que l’entreprise.

Au-delà des méthodes de valorisation, ce qui décide du prix

Les méthodes donnent un cadre. Cependant, elles ne donnent pas le prix. Entre le bas et le haut de la fourchette, d’autres facteurs tranchent.

Le nombre d’acquéreurs. C’est de loin le premier levier. En effet, une négociation avec un seul candidat se conclut près du plancher. À l’inverse, trois candidats qualifiés déplacent le curseur vers le haut, sans qu’aucune méthode n’ait changé.

La qualité de l’information. Un dossier clair, dont les chiffres se vérifient, réduit le risque perçu. Or le risque perçu se paie.

Le calendrier. Un vendeur contraint par la santé ou la lassitude négocie mal. C’est pourquoi il faut valoriser son entreprise plusieurs années à l’avance, puis suivre un calendrier de préparation.

Les modalités. Un prix élevé payé pour moitié en vaut souvent moins qu’un prix inférieur payé comptant. Par conséquent, ne comparez jamais deux offres sur leur seul montant. Pour le cadre fiscal applicable, le BOFiP fait foi.

À quelle fréquence appliquer ces méthodes de valorisation

Une valorisation n’est pas un document qu’on établit une fois. En effet, elle périme vite : un exercice supplémentaire, un client perdu, un investissement lourd, et la fourchette se déplace.

Par conséquent, appliquez ces méthodes de valorisation chaque année, au moment de l’arrêté des comptes. L’exercice prend peu de temps une fois le cadre posé. Surtout, il vous dit si vos actions ont produit un effet.

Cette revue annuelle a un autre mérite. Ainsi, le jour où une offre arrive sans prévenir, vous n’avez pas à improviser. Vous savez déjà si le prix proposé se situe dans la fourchette, ou en dessous.

La valorisation ne se traite jamais seule : elle prend son sens dans la préparation à la cession, où le travail sur la lisibilité de l’entreprise pèse autant que la méthode de calcul.

En bref : vos questions

FAQ de l’article

Pourquoi ma valorisation donne-t-elle une fourchette plutôt qu’un prix unique ?

Chaque méthode répond à une question différente : ce que paie le marché, ce que produira l’entreprise, ce que valent ses actifs. L’écart entre ces lectures est l’information la plus utile : il vous dit où céder et où tenir en négociation.

Le multiple de mon excédent brut correspond-il au prix que je toucherai ?

Non. Le multiple s’applique à un résultat retraité, rémunération du dirigeant normalisée, et donne une valeur d’entreprise : pour obtenir le prix des titres, il faut retrancher la dette et ajouter la trésorerie excédentaire. Beaucoup de déceptions naissent de cette confusion.

Dois-je refaire la valorisation de mon entreprise chaque année ?

Oui, je le conseille à l’arrêté des comptes : un client perdu ou un investissement lourd déplace la fourchette. Une fois le cadre posé, l’exercice prend peu de temps, et le jour où une offre arrive, vous savez aussitôt si elle se situe dans la fourchette ou en dessous.

En savoir plus : Valoriser et diagnostiquer avant transmission →

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