Illustration de l’article « Financer une reprise : apport, dette senior, effet de levier »

Financer une reprise : le calcul qui décide

Reprendre une entreprise de 2 M€ ne suppose pas de disposer de 2 M€. En effet, financer une reprise repose sur un principe simple : c’est l’entreprise rachetée qui rembourse la dette contractée pour l’acheter. Encore faut-il qu’elle en ait les moyens.

Une holding qui emprunte, une fille qui rembourse

Le repreneur n’achète généralement pas en son nom propre. D’abord, il constitue une . Ensuite, il y apporte ses fonds. Enfin, cette holding emprunte le complément pour acquérir les titres de la cible.

Or la holding n’a aucune activité propre, donc aucun revenu. Par conséquent, elle rembourse grâce aux dividendes que lui verse la société rachetée. Autrement dit, le résultat de l’entreprise finance son propre rachat.

Deux conséquences en découlent. D’abord, la question centrale n’est pas la valeur de la cible. C’est ce qu’elle peut remonter durablement, sans s’assécher. Ensuite, une entreprise très rentable mais très capitalistique supporte un levier plus faible qu’une entreprise moins rentable mais peu gourmande en investissements.

Les quatre étages pour financer une reprise

L’. C’est le socle, et il conditionne tout le reste. En pratique, les montages observés situent l’apport entre vingt et trente pour cent du prix. En deçà, les prêteurs estiment que le repreneur ne prend pas assez de risque.

La dette senior. C’est l’emprunt bancaire principal, généralement sur cinq à sept ans. De plus, il est prioritaire au remboursement et souvent assorti de garanties. C’est donc la part la plus importante, et la plus exigeante.

Le . Le cédant accepte un paiement échelonné sur deux à quatre ans. Cet étage est doublement précieux. D’une part, il réduit le besoin de dette bancaire. D’autre part, il constitue un signal fort : un vendeur payé plus tard croit à ce qu’il vend. Ainsi, les banques le lisent exactement de cette façon.

Les financements intermédiaires. Prêts d’honneur, prêts participatifs, dette obligataire, interventions régionales. Ils comblent l’écart entre votre apport et ce que la banque accepte. Souvent considérés comme des , ils améliorent donc la structure du montage. Bpifrance Création en recense les principaux.

Le calcul qui décide : la capacité de remontée

Tout le montage tient à une vérification. Les dividendes que la cible peut verser couvrent-ils l’ de la holding, avec une marge ?

Ce calcul se fait en cascade. On part du résultat d’exploitation. Ensuite, on déduit les frais financiers propres, l’impôt, les investissements de maintien et la variation du . Enfin, ce qui reste est distribuable. Or c’est seulement cela qui rembourse.

L’erreur classique consiste à raisonner sur l’, bien plus flatteur. Pourtant, l’écart entre l’excédent brut et le distribuable réel atteint souvent la moitié.

Un point technique pèse lourd. Lorsque la holding détient au moins quatre-vingt-quinze pour cent de la cible, le régime d’intégration fiscale permet d’imputer ses frais financiers sur le résultat du groupe. Ainsi, le rendement du montage s’améliore sensiblement. C’est pourquoi les reprises partielles sont plus difficiles à financer.

Les trois erreurs qui coûtent le plus cher

Calibrer le levier sur le scénario central. Un montage qui tient tout juste ne tient plus dès la première année difficile. Par conséquent, dimensionnez-le sur un , comme dans un audit de bancabilité.

Oublier la de la première année. En effet, un changement d’actionnaire s’accompagne souvent d’un durcissement des conditions fournisseurs. De plus, l’assurance-crédit allège parfois ses encours. Ainsi, prévoir une ligne dès le montage coûte peu. À l’inverse, la chercher en urgence coûte beaucoup.

Négliger sa rémunération. Un repreneur qui prévoit de ne pas se payer pendant deux ans présente un montage non soutenable. D’ailleurs, les prêteurs intègrent une rémunération normale dans leur propre calcul. Pour cadrer l’ensemble, un accompagnement d’acquisition et un montage de dossier se préparent conjointement.

Financer une reprise : le calendrier à respecter

Financer une reprise demande du temps. Comptez trois à six mois entre la et le déblocage des fonds. En effet, chaque prêteur instruit son dossier, et les garanties publiques ont leurs propres délais.

Par conséquent, engagez les discussions bancaires dès la signature de la lettre d’intention. Surtout, n’attendez pas la fin des audits. Ainsi, les deux calendriers avancent en parallèle plutôt qu’en série.

Un dernier point, souvent décisif. Présentez le même dossier à tous les prêteurs. En effet, des chiffres qui varient d’un interlocuteur à l’autre détruisent la crédibilité du montage. Or financer une reprise repose autant sur la confiance que sur les ratios.

Le montage financier ne se décide pas avant la cible : il découle de l’analyse menée pendant l’accompagnement acquéreur.

En bref : vos questions

FAQ de l’article

Comment financer ma reprise sans disposer de la totalité du prix ?

Vous créez une holding, vous y apportez vos fonds, et celle-ci emprunte le complément ; ce sont les dividendes de la société rachetée qui remboursent. Les montages observés situent l’apport entre 20 et 30 % du prix.

En savoir plus : Accompagnement Acquéreur →
Pourquoi raisonner sur le distribuable plutôt que sur l’excédent brut de la cible ?

Seul le distribuable rembourse : résultat d’exploitation moins frais financiers, impôt, investissements de maintien et variation du besoin en fonds de roulement. L’écart avec l’excédent brut atteint souvent la moitié. Dimensionnez le montage sur un scénario dégradé.

Lire l’article : Audit de bancabilité : votre dossier tiendra-t-il ? →
Quand dois-je ouvrir les discussions avec les banques ?

Dès la signature de la lettre d’intention, sans attendre la fin des audits : comptez trois à six mois jusqu’au déblocage des fonds. Présentez le même dossier à tous les prêteurs, car des chiffres qui varient d’un interlocuteur à l’autre détruisent la crédibilité du montage.

En savoir plus : Monter son dossier de financement →

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